Le ministre de l'Intérieur ne peut pas déclarer seul l'état d'urgence
Contrairement à une idée reçue, le ministre de l'Intérieur ne dispose pas du pouvoir d'instaurer seul l'état d'urgence en France. Ce régime d'exception doit obligatoirement être pris par décret en Conseil des ministres, avant une validation parlementaire pour toute prolongation.

© Benh LIEU SONG / Wikimedia Commons
Une décision collégiale en Conseil des ministres
En France, le ministre de l'Intérieur ne peut pas décider isolément de déclencher l'état d'urgence. Selon les textes régissant ce régime d'exception, issus de la loi du 3 avril 1955 modifiée par l'ordonnance du 15 avril 1960, l'état d'urgence doit être formellement déclaré par un décret délibéré en Conseil des ministres.
Cette procédure impose donc une décision collective impliquant le président de la République et l'ensemble du gouvernement, excluant tout acte unilatéral du seul locataire de la place Beauvau.
Le contrôle indispensable du Parlement
L'intervention du pouvoir exécutif reste strictement encadrée dans le temps. La déclaration initiale par décret en Conseil des ministres ne peut excéder une durée de douze jours.
Selon la loi du 3 avril 1955 et les rapports parlementaires associés, la prorogation de l'état d'urgence au-delà de ce délai initial de douze jours exige obligatoirement le vote d'une loi par le Parlement, garantissant le contrôle des représentants de la Nation sur la durée et le périmètre du dispositif.
Des compétences d'application pour le ministre
Si le ministre de l'Intérieur ne peut pas instaurer l'état d'urgence, il intervient directement dans son application une fois le régime déclenché. D'après le cadre légal issu de 1955, ce régime permet aux autorités administratives, au premier rang desquelles figurent le ministre de l'Intérieur et les préfets, de mettre en œuvre des mesures de police exceptionnelles.
Comme le rappelle le rapport législatif de M. Philippe Houillon de novembre 2005, la loi ne confère à ces autorités qu'une faculté et non une obligation d'utiliser ces prérogatives, telles que des assignations à résidence, des perquisitions administratives ou des restrictions à la circulation, sous condition de stricte proportionnalité aux troubles constatés.
Contexte
Créé initialement sous la IVe République par la loi du 3 avril 1955 à la suite d'événements liés à la guerre d'Algérie, l'état d'urgence a été réactivé à plusieurs reprises sous la Ve République, notamment lors des émeutes urbaines de 2005 et après les attentats terroristes de novembre 2015.
